Pénurie de main d'œuvre dans le bâtiment et le génie civil à Genève, à quoi s'attendre pour 2022.

Parmi les métiers et les travailleurs qualifiés les plus difficiles à recruter, le secteur du bâtiment pose un sérieux problème aux recruteurs genevois.

En effet, 4e pays le plus touché par la pénurie de talent, la Suisse compte 83 % d'entreprises en manque de personnel*. Un constat qu'Ernesto connaît très bien chez Man Emploi. Et ce, malgré un marché du travail dynamique et un taux de chômage le plus faible d'Europe. Entre les conséquences liées à la COV 19 et un secteur sous-valorisé, comment les recruteurs à Genève espèrent changer l'attractivité des métiers de la construction en 2022 ?

Le responsable de l'agence de placement nous livre son point de vue…

L'emploi dans le bâtiment et le génie civil : un recrutement toujours difficile en Suisse

Trouver de la main d'œuvre dans certains métiers de la construction a toujours posé problème. En Suisse comme ailleurs, le secteur est victime de nombreux états de fait.

La nouvelle génération d'actifs se digitalise

On ne va pas se mentir. Depuis quelques années, beaucoup de jeunes issus de la génération Y ne manifestent aucun intérêt pour les métiers du bâtiment. Contrairement aux générations précédentes qui travaillaient dur par nécessité, les millénales rêvent de vie digitale et confortable, associant les travaux manuels à des jobs sans ou peu diplômés, pénibles, monotones et sous-payés.

Un secteur de travail difficile

Parmi les emplois dans le bâtiment et le génie civil à Genève, plusieurs métiers comme celui de maçon, plâtrier, ferblantier ou encore constructeur de route souffrent d'une mauvaise image. Pour exemple, les jeunes trouvent le métier de maçon trop difficile : le port de matériaux lourds et les conditions de travail en extérieur inconfortables rabaissent la haute valeur de ces métiers. Souvent attribués aux postes pour travailleurs immigrés.

L'approche des départs à la retraite

D'après une lettre ouverte de l'association des contremaîtres, "plus de 1 200 jeunes se sont lancés dans un apprentissage de maçon en 2010, l'année 2019 n'en a compté que 700." À l'approche des départs en retraite, ces chefs d'entreprise en construction s'affolent. Comment remplacer les postes vacants à venir s'ils ne sont pas convoités ?

Le risque de former les apprentis

Ce problème de l'emploi dans la construction sur Genève persiste même auprès des recruteurs décidés à engager des jeunes en apprentissage. Car une fois sur le terrain, après 2 à 3 mois d'activité et le coût de la formation passé, l'élève démotivé quitte le chantier pour un métier plus confortable.

Les conséquences de la crise sanitaire sur le terrain

Si le nombre d'apprentis a presque diminué de moitié au cours des dix dernières années, la pandémie accentue la situation de crise.

Des conditions de travail sous pression

Après de longs mois d'arrêts sur des chantiers rythmés par les confinements à répétitions et les incertitudes en termes de restrictions, les ouvriers doivent rattraper les retards de livraison, s'imposant un rythme de travail plus soutenu.

Avec une telle pression, ces conditions d'oeuvrage démotivent les travailleurs comme les nouveaux postulants.

En effet, à l'aube de la rentrée de septembre, "Près de 9 500 apprentis sont encore recherchés en Suisse" déclare La Matinale de RTS  le 30 août 2021

L'absence des mains d'œuvre étrangères

S'il est encore possible de recourir aux placements de profils étrangers, nombre d'entre eux ont regagné leur pays durant les confinements : les déplacements demeurant difficiles et une garantie d'emploi long terme incertaine.

Un constat alarmant qui oblige les entreprises suisses à recruter en France.

La reconversion comme plan B

Durant la crise, la généralisation du télétravail et les ruptures de contrat poussent :

> Les demandeurs d'emploi à se reconvertir dans le digital ou en bureautique.

> Les entreprises à recruter de nouvelles compétences dans leurs équipes. Autrement dit, des recrues polyvalentes disposant :

  • d'un leadership,
  • d'une influence sociale,
  • d'une résistance au stress,
  • d'une facilité d'adaptation,
  • d'une prise d'initiatives.

Autant de nouveaux comportements et attentes chez les postulants comme les employeurs. Quand les candidats exigent un assouplissement et une liberté de travail à domicile, les sociétés souhaitent garder la main sur la cohésion et la culture d'entreprise.

Les solutions et opportunités pour reconquérir le cœur des candidats

Ainsi boudées par la relève, nombre de mesures et stratégies voient le jour pour palier à la pénurie de travailleurs qualifiés.

Des projets fleurissant dans le canton de Genève

En 2022, les carnets de commandes et les permis de construire ne cessent d'augmenter dans le canton genevois. Une belle opportunité pour enchaîner des missions et intégrer une équipe sur le long terme. En exemples :

Bernex : dans l'idée de transformer le quartier en un pôle régional, les planifications prévoient de réaliser des milliers de logements et des nouvelles infrastructures routières dans le secteur de Bernex-Est et Vailly-Sud. Ce projet s'effectue en 2 temps : une première étape sur la commune de Bernex pour 2026 et Vailly Sud en 2030.

Chatelaine : ce projet urbain regroupe 4 secteurs Châtelaine, Franchises, Concorde, Lignon–Libellules. Il comprend de multiples développements en termes de logements, axes de transports et parcs publics.

Grand Saconnex : un projet dédié à la valorisation des quartiers de Carantec, Susette et Marronier et desservi par la ligne de tramway des Nations. Estimé d'ici à 2030.

Et bien d'autres projets comme Greil, Acacias-Vernet, Chêne-bourg, Chêne-Bougerie , Cherpines, Grand-Essert, Communaux d'Amgely…

Tous ces programmes de constructions comptent des futurs milliers de logements, commerces, et structures publiques, et recherchent des professions manuelles et intellectuelles pour les décennies à venir.

Des mesures avantageuses

Face à la crise de l'emploi dans le bâtiment en Suisse, les recruteurs imaginent des compromis… En phases avec les exigences des candidats et les plaintes des travailleurs.

> Des conditions de travail assouplies (Ex : un droit au travail à temps partiel, une pause rémunérée par jour, l'externalisation des projets et le travail à la maison.).

> Être associé à la planification des délais et ainsi inclure l'employé comme un membre actif et décisionnaire de l'entreprise.

> Une digitalisation indispensable des processus pour redémarrer l'activité, le numérique afin d'améliorer :

  • la marge d’erreur sur les chantiers
  • la diffusion et la traçabilité des documents,
  • la gestion et l’utilisation des ressources,
  • le contrôle des intervenants.

Un plan de communication séduisant

Grâce à un porte-parole issu du secteur, les écoles et les lieux publics pourraient être alertés sur le problème de pénurie et découvrir les avantages d'intégrer ce cœur de métier au nouveau visage.

Un accès à la mixité : l'amélioration de la propreté, de la sécurité et de la culture du secteur offre de meilleures conditions de travail aux femmes afin de concilier leur vie professionnelle et familiale plus simplement.

Une diversité d'emplois : du maçon au maître d'œuvre, en passant par l'ingénieur civil et l'architecte en bâtiment, le secteur de la construction compte une centaine de métiers dans la filière construction. Autrement dit un large panel d'experts de tout niveau d'études.

La modernisation des équipements : on ne s'imagine pas quels outils de hautes technologies, les professionnels du bâtiment utilisent aujourd'hui. De nombreuses sociétés investissent dans les drones, robots et autres logiciels 3D pour plus d'efficacité. De quoi attirer la jeune génération passionnée par l'intelligence artificielle et la réalité augmentée.

Les projets d'évolutions : les agences de recrutements et entreprises proposent diverses formations en interne avec la possibilité de peaufiner son plan de carrière.

Embaucher de nouveaux talents

Pour palier à la pénurie de diplômés, les recruteurs ouvrent leurs portes à des candidats non-issus des viviers traditionnels de placement.

>  C'est le cas des talents féminins, qui comme cité précédemment, apprécient la diversité et la modernisation du secteur.

> Aussi, face à de nouvelles reconversions, les entreprises laissent la place aux compétences plutôt qu'aux diplômes. Permettant à des profils de tout horizon, passionnés et volontaires de se former et d'intégrer une équipe.

> Les étrangers : consciente de l’importance de l’immigration pour son économie, la Suisse a récemment assoupli la loi pour recruter des profils non-européens. Pourquoi pas dans le bâtiment ?

Si la Suisse n'est pas épargnée face à la une pénurie de main d'œuvre européenne, les entreprises de la construction genevoises restent intransigeantes sur la qualité de leur recrutement. D'autant plus avec leurs efforts sur leur communication, les conditions de travail et les méthodes d'embauches pour contourner le manque de talents.

Du côté des candidats, le nouveau virage pris par le secteur du bâtiment promet de nombreux débouchés et opportunités à saisir.

Spécialiste dans les placements en bâtiment et du génie civil depuis 17 ans, Man Emploi détient un large vivier de candidats opérationnels pour offrir aux recruteurs des profils adaptés à leurs besoins dans les métiers de la construction.

Quant à intégrer une entreprise dans le bâtiment, Ernesto et son équipe accompagnent les postulants à valoriser leurs savoir-faire et savoir-être pour réussir des entretiens d'embauches et s'épanouir professionnellement.

*Source : sondage sur la pénurie de talents – résultats 2021